Tabula Grata
La Tabula Grata est une réponse au thème "Re-sourcer" de Europan 18.
Il s'agit d'une table-paysage, un plateau ouvert autour des grandes infrastructures du canal et de la rocade, où les éléments les plus dissemblables trouvent à s’accorder. Le parc en est la forme sensible : un espace vivant, où l’échangeur, les enclaves industrielles et commerciales, le faubourg habité, les équipements scolaires et sportifs, la friche et le vivant ne s’opposent plus, mais cohabitent positivement. Les entités constitutives du territoire deviennent la ressource de sa transformation. Ici, l’inconciliable trouve sa place, et l’ordinaire résonne avec l’ensemble. C’est une géographie de l’hospitalité, un sol commun qui relie chacun et ouvre la voie à d’autres manières de cohabiter. Tabula Grata est un dispositif qui se veut sensible aux coexistences, où les contrastes deviennent des forces et où peut se construire un avenir désirable.



La disparition comme héritage
À la croisée de la M674 et du canal de la Marne au Rhin, entre Nancy et Jarville-la-Malgrange, ce site porte les strates d'une histoire complexe. Des premiers faubourgs nés au fil de l’eau à l’essor industriel marqué par le rail et le canal, jusqu'à la déprise contemporaine, le territoire témoigne des mutations de la vallée de la Meurthe. Aujourd'hui fragmenté par le tout-voiture, ce paysage anthropisé appelle un nouveau souffle. Plutôt que d'y voir une fatalité, nous y lisons un espace saturé de possibilités, un terrain où faire dialoguer l’incommensurable. Nous proposons, à travers ce projet, de transformer ce socle minéral en un levier de réconciliation globale, en restaurant les cycles du vivant et en redonnant à l’eau sa place légitime au cœur d’une métropole reconnectée à sa géographie.
La métropole unifiée
Le projet s'inscrit dans une ambition territoriale vaste : celle d’un Grand Parc Canal-Meurthe, une figure paysagère capable de réancrer la ville dans sa géographie. En prolongeant les dynamiques métropolitaines initiées dans les années 90 par Alexandre Chemetoff, notre intervention se veut le trait d'union entre l'héritage urbain et les nouveaux enjeux climatiques. Ici, l’enjeu n'est pas de faire table rase, mais de faire coexister les modes d'habiter existants. Nous concevons le site comme une « table » de rencontre, un espace de liens où les infrastructures et le vivant s'articulent pour dessiner une urbanité partagée et apaisée.

Un paysage de la réparation
Le départ de l’hôpital et l’arrivée du MIL (Marché d’Intérêt Local) marquent le point de départ d'une métamorphose profonde : la transition du modèle de l’entrée de ville routière vers un fragment urbain plurifonctionnel et vivant. Notre stratégie de « réparation » ne fait pas table rase ; elle accompagne les acteurs en place, centre commercial, pépinières, équipements sportifs, vers une dynamique de proximité et de mixité.

Les ruisseaux et le paysage de l'eau
Le projet fonde sa résilience sur la réouverture des ruisseaux enfouis (Nabécor, Brichambeau, Moulin). Ce paysage global de l'eau ne se contente pas de gérer les risques de crues ; il devient le support d'une biodiversité retrouvée et d'une nouvelle trame de promenades. De l'échangeur au canal, cette stratégie de réparation des sols redonne à l'eau sa place légitime, transformant des surfaces minérales en milieux vivants et poreux.
Deux infrastructures pour deux visages du parc
Deux figures paysagères se cotoient. D'un côté, le parc du canal s'affirme comme un espace public « équipé ». Véritable quai fluvial, il redessine la façade méridionale de Nancy en un cœur urbain vivant où coexistent commerces, halles publiques et équipements sportifs. De l'autre, le parc de l’échangeur métamorphose la rocade en un boulevard urbain apaisé. En convertissant les anciennes bretelles autoroutières en sentiers piétons au sein de prairies bocagères et de franges reboisées, il transforme une infrastructure de rupture en un lien métropolitain structurant.


Une mutation en quatre temps forts
- La revitalisation du quartier (Temps 1 & 2) : Un nouveau cœur de quartier émerge et fédère les acteurs locaux pour instaurer une véritable ville plurifonctionnelle. La désimperméabilisation des sols et la réémergence des ruisseaux transforment les anciens parkings en un socle poreux et vivant, support d'une vie de quartier active et renouvelée.
- La réparation des fractures (Temps 3) : Avec l'arrivée du MIL, la métropolitaine devient un boulevard urbain qui rétablit le lien Nord-Sud entre Nancy et Jarville-la-Malgrange. Simultanément, la reconversion des bretelles autoroutières en allées paysagères assure une connexion Est-Ouest entre les rives du canal. L'église de Bonsecours et la tour Marcel-Brot ne sont plus seulement liés par le paysage.
- La géographie retrouvée (Temps 4) : Le projet culmine par l'extension conjointe du parc et de la ville jusqu'à la Meurthe. La renaturation globale devient le levier du renouvellement des emprises industrielles, installant un paysage capable d'accueillir de nouveaux usages. De la voie ferrée jusqu'aux berges de la rivière, cette continuité géographique scelle la réconciliation définitive entre la métropole et sa géographie.

Ressourcer le faubourg
Le projet redonne vie au faubourg en s'appuyant sur ses ressources existantes, architecturales, paysagères et humaines, pour créer un quartier de proximité, résilient et intensément vivant.
La ville des proximités
Au nord du site, le nouveau centre de quartier s’établit comme une pièce architecturale pivot, située au croisement exact de quatre dynamiques territoriales : le canal (tourisme), la passerelle SNCF (lien métropolitain), l'entrée de ville (multimodalité) et les serres (vie locale). Son rôle est de transformer une entrée de ville routière en un lieu de destination et de service, ancré dans les mobilités douces.
Un programme hybride et compact :
- Commerce et Services : Une surface commerciale redimensionnée (2 000 à 4 000 m²) et tournée vers le quartier.
- Pôle Mobilité : La libération des sols est permise par le regroupement du stationnement dans un parking silo (400 places) et la création d’un vaste hub vélo sur deux niveaux au débouché des voies ferrées.
- Vie Sociale et Culturelle : Une maison de quartier et des espaces culturels s'intègrent à l'ensemble, offrant des services de proximité aux habitants.
Une galerie sur pilotis, structure à la fois basse et aérienne, dessine la nouvelle façade nord du parc. Ce dispositif architectural ne se contente pas de border l'espace vert : il l'invite en son cœur via un patio généreusement arboré. En jouant sur la transparence et la porosité, le bâtiment devient un filtre entre l'effervescence urbaine et la sérénité du paysage, affirmant son statut d'espace d'accueil et de "vivre-ensemble".

Un parc équipé au fil de l'eau
Le projet puise dans les ressources déjà présentes pour engager une régénération profonde, agissant autant sur la restauration des sols que sur le renforcement des liens entre les habitants. Plutôt que d’ajouter des programmes extérieurs, le parc redonne une vitalité nouvelle aux usages déjà en place à travers cinq séquences paysagères structurantes.
La traversée de Nabécor agit comme un trait d'union entre la ville et la nature en fédérant les jardins et les serres municipales dans un parcours qui s'élargit vers les bassins humides du canal. À ses côtés, la grande prairie et ses halles marquent la nouvelle adresse du faubourg sur le parc, offrant des structures flexibles prêtes à accueillir les marchés et les fêtes de quartier. Le quai équipé et les berges transforment les rives en un paysage actif de ripisylves et d’essences nourricières qui accompagne les programmes de loisirs. La plaine des sports fédère les équipements sportifs et scolaires en place. Enfin, la traversée de Brichambeau s’oriente le long de son ruisseau pour inscrire l’église de Bonsecours dans le paysage et assurer la liaison vers les paysages de la Meurthe.
L’architecture, une ressource au service du parc
La transformation de l’architecture est elle-même pensée comme une structure évolutive et vivante qui participe au parc. Il s’agit de penser l’existant et son potentiel avant de construire. Les constructions existantes sont une ressource à
transformer, à faire évoluer pour les tourner vers le modèle d’une ville inclusive, résiliente et économe. L’architecture est pensée comme un outil qui active le parc. Elle participe à son tissu social, intergénérationnel, culturel mais également à son irrigation. Les constructions profitent de ce paysage dans un rapport symbiotique où elles participent à un cycle de l’eau mis en valeur en restituant au sol les pluies captées en toiture.


